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Joies et pièges de Parcoursup

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Armelle Riou, Présidente de Mental’O

APB est mort, vive Parcoursup ! La nouvelle plateforme nationale qui permet aux élèves de Terminale et de Bac + 1 en réorientation de s’inscrire dans la plupart des formations supérieures est maintenant ouverte. Que faut-il penser de cette nouvelle procédure, mise en place en un temps record ?

Plutôt du bien ! Il y a des améliorations notables par rapport au fonctionnement de la très critiquée et désormais enterrée APB. Il y a une volonté de prendre en compte les souhaits des élèves, d’introduire dans les classes de Terminale des programmes dédiés à l’orientation et de fluidifier le passage du Lycée vers l'Enseignement Supérieur en rapprochant ces deux univers beaucoup trop cloisonnés aujourd’hui. On parle même de l’adéquation entre le profil des candidats et les compétences que les formations sont dorénavant en droit d’attendre d’eux. Tout ça va dans le bon sens et je m’en réjouis ! Cependant, tout ne sera pas réglé dès 2018 …


La faillite d’APB et les cauchemars du ministère

Rappelons tout d’abord que 51% des jeunes inscrits sur APB étaient affectés dans une licence universitaire et que parmi eux, seulement 40% passaient en 2ème année l’année suivante. Pourquoi ? pour deux raisons essentielles : la première étant que l’inscription dans une Licence 1 à effectifs non limités était fortement conseillée par les lycées puis rendue obligatoire. Aussi, l’admission était-elle devenue automatique pour tous les bacheliers, et en particulier pour ceux qui n’avaient rien à faire à l’université puisqu’ils s’y retrouvaient par défaut. Notre nouvelle équipe ministérielle a décidé de s’attaquer à ce sujet délicat et a courageusement introduit des filtres à l’entrée de l’université, ce que certains dénoncent comme une sélection : un gros mot qui, faute d’être prononcé, laisse des dizaines de milliers de jeunes bacheliers et leur famille dans le désarroi l’année suivante. De plus, certaines filières sont totalement encombrées ce qui a nécessité la mise en place d’un tirage au sort pour les affectations finales. Ce système a été jugé inique et, bien qu’en assez faible nombre, les bons voire très bons élèves refusés ont fait parler d’eux ; à juste titre !

La deuxième raison est plus pernicieuse … En effet, on attribue un peu trop vite les difficultés des étudiants de Licence 1 à la faiblesse de leur niveau académique. Ce n’est pas si simple ! Pour nous, spécialistes de l’orientation, il s’agit souvent d’une mauvaise orientation par rapport aux goûts et aux aspirations de l’élève et encore plus souvent par rapport à sa façon d’apprendre : soit ce qu’il étudie ne lui plaît pas, soit la façon dont c’est enseigné ne lui convient pas. Ce dernier point nous semble crucial et n’est que rarement mentionné : la fac est faite pour les bons élèves, qui aiment l’abstraction, qui sont studieux, autonomes, capables de travailler avec méthode et dans la durée. Ce n’est pas le profil des quelque 300 000 étudiants qui occupent les bancs des licences 1.

 

Des « attendus » clairement exprimés pour intégrer les filières universitaires

Parcoursup corrige assez bien ces dérives puisque l’inscription en université non seulement n’est plus obligatoire mais est, de plus, soumise à des « attendus ». Chaque formation universitaire publie une liste de critères qui, selon les enseignants, sont des points-clés de réussite et qui serviront pour le classement des candidatures, notamment en cas de sureffectifs. Les formations dites sélectives sont également invitées à préciser leurs « attendus » à titre d’information. C’est un véritable progrès car on doit se rappeler que le vieux dicton ‘un homme averti en vaut deux’ s’applique aussi aux études supérieures. Gageons que les descriptifs de ces attendus ne sont pas uniquement de longues listes de moyennes par discipline et de données purement chiffrées (faciles à établir et bien pratiques pour classer les candidatures automatiquement) mais qu’ils comportent des informations et des conseils d’ordre qualitatif permettant aux futurs étudiants de se projeter - ou non - dans la filière en question. Dans le cas où l’élève ne répond pas complètement aux « attendus », la filière universitaire pourra lui répondre « oui si » c’est-à-dire accepter sa candidature à la condition qu’il suive un programme particulier qui prendra sans doute la forme de cours de remise à niveau ou de modules complémentaires obligatoires.

 

Le poids des notes, le choc des appréciations

L’autre nouveauté de Parcoursup est la création d’une fiche « Avenir » qui mentionne l’avis du chef d’établissement et est transmise directement aux formations supérieures via la plateforme (on ne sait d’ailleurs pas, à ce jour, si le jeune aura connaissance ou non de cette fiche). Cet avis est censé être donné selon plusieurs critères discutés par l’ensemble des enseignants lors du Conseil de classe du 2ème trimestre, intervenant en mars. Il serait dommage de n’utiliser que des données scolaires basées sur du quantitatif et des coefficients (les notes, les moyennes, le rang de l’élève, les options …) les autres, tels la personnalité, l’autonomie, la motivation, la créativité, le mental… étant difficiles à appréhender. Je suis donc un peu réservée sur cet outil, pourtant mis en place dans une bonne intention. Certes les bons élèves seront reconnus et accèderont plus facilement aux filières sélectives, ce qui est une bonne chose.

 

Mais qu’en est-il des profils atypiques ?

Ces jeunes créatifs, ces fortes personnalités, ces futurs entrepreneurs, par exemple, qui peuvent connaître des difficultés pour rentrer dans le moule que leur propose le lycée mais qui souvent s’épanouissent et explosent littéralement dans le supérieur ? Il y a de fortes chances qu’ils soient mal évalués et plombés par des appréciations défavorables. D’autant qu’à ma connaissance, très peu de lycées ont un véritable suivi de leurs anciens élèves au delà du bac. Or, il semble que notre pays ait besoin d’individus entreprenants, capables de prendre des initiatives et des risques … ce qui n’est pas vraiment valorisé dans le système éducatif français.

La question se pose : le corps enseignant du secondaire est-il vraiment légitime pour préjuger de la réussite de tous les élèves ? Connaît-il suffisamment la diversité des différentes formations et les évolutions du monde du travail ? Prendra t-il en compte les éléments de personnalité du jeune au-delà de ses résultats scolaires ? N’y a t-il pas dans cette nouvelle procédure des effets pernicieux ? Certains jeunes décodent déjà cette fiche comme un droit de vie et de mort de leurs profs sur leur avenir. « La double peine, dit Hugo, non seulement mes notes ne sont pas terribles, mais en plus je vais me faire saquer parce que je dis trop souvent ce que je pense, je ne suis pas du genre mouton. Et c’est trop tard, ajoute t-il avec humour, pour lancer l’opération faillotage ! ». Pour les profils tels que celui d’Hugo, le jeune a tout intérêt à informer les enseignants et notamment ses profs principaux de son projet professionnel, de sa motivation pour les formations choisies mais en a t-il toujours les moyens et l’opportunité ? Se sent-il en confiance ? Dans ce cas, il convient de concevoir une double stratégie : les candidatures via Parcoursup et les candidatures hors Parcoursup. En effet les établissements qui choisissent de recruter leurs étudiants sans passer par la plateforme nationale recherchent avant tout des profils, des personnalités, des talents. Leurs procédures de recrutement sont souvent plus longues, plus complexes (plus coûteuses donc), avec des concours propres ou des épreuves originales parfois. Dans ce cas, le dossier scolaire, les notes et les bulletins ne sont pas prépondérants. Certains établissements ne les regardent même pas. Mais ces formations sont souvent privées avec des frais de scolarité élevés, ce qui est pénalisant pour les jeunes issus de milieux défavorisés, ceux-là justement qui ne sont pas forcément en tête de classe …

En résumé, le mode de sélection via Parcoursup reste de mon point de vue trop scolaire et risque peut-être de conduire à un formatage des élèves de Terminale, laissant sur le côté des jeunes prometteurs au profil atypique.

 

Dix vœux seulement, mais sans classement

10 voeux, c’est nettement moins que sur l’ex APB (36 au début, puis 24), mais cela correspond au nombre de vœux demandés en moyenne par les inscrits sur la plateforme les années précédentes. De plus, il y a la possibilité d’avoir des « vœux multiples », c-à-d que des candidatures dans plusieurs formations similaires de la même académie (licences ou PACES ou même prépas) ne compteront que pour un seul vœu. Avec un maximum de 20 au total. Cette décision semble réaliste et aura l’avantage d’obliger les élèves à réfléchir en amont aux voies d’orientation qui correspondent à leur profil. Pour les jeunes actuellement en Terminale, c’est un peu court, d’autant que la plateforme Parcoursup fermera la saisie des vœux le 13 mars… Dans le réseau Mental’O, nous conseillons aux lycéens d’anticiper et recommandons d’effectuer notre bilan d’orientation exploratoire en Première, voire en Seconde, ce qui permet de bien choisir sa série de bac.

Autre nouveauté : les candidats n’auront plus à ordonner leurs vœux, comme c’était le cas sur APB. Les formations étudieront toutes les candidatures (comme avant) et donneront leur réponse au fur et à mesure aux élèves qui devront alors répondre dans un délai imparti puis choisir lorsqu’ils recevront plusieurs réponses positives simultanément. Les réponses sont également plus claires : « oui »pour une admission, « non » pour un refus, « en attente » quand les effectifs sont remplis avec des candidats mieux classés mais qui peuvent se désister, « oui si » quand le bachelier devra suivre un programme lui permettant de mieux coller aux « attendus » de la formation choisie. La fin du classement des vœux est un soulagement pour les familles qui se sentaient sous-informées pour une décision d’une telle importance. Je rappelle qu’une admission pour un vœu effaçait automatiquement toutes les autres demandes moins bien classées. Au final, chaque candidat n’avait qu’une proposition, et, même si c’était la meilleure proposition par rapport au classement fait en amont, il y avait là une source de frustration.

Avec Parcoursup, le jeune se réapproprie ses décisions, il hiérarchise ses choix petit à petit, mais uniquement dans les formations où il est admis. Le hic c’est que cette phase d’admission qui va s’étaler du 22 mai au 21 septembre nécessitera une vigilance accrue puisque les résultats tomberont au fur et à mesure et que les candidats auront peu de temps pour prendre leur décision. En effet ils disposeront de sept jours de délai pendant la période du 22 mai au 26 juin et ensuite de seulement trois jours. Après le 21 août, ils n’auront que 24 heures pour se décider. Ce planning, qui remonte la phase d’admission au mois de mai risque de générer de l’inquiétude en continu (voire une démotivation en cas de refus) à l’approche du bac. Un détail mais d’importance : Parcoursup sera suspendu pendant les épreuves du bac ce qui n’était pas le cas d’APB … Merci à celui ou celle qui a pris cette décision de bon sens !! Enfin, il semble que la procédure complémentaire soit revigorée en étant enclenchée dès juillet, après les résultats du bac. Elle devrait apporter des solutions aux malheureux bacheliers qui n’auraient pas eu satisfaction parmi leurs 10 vœux.

 

Pour ma part, je ne souhaite qu’un vœu à Parcoursup : Une année 2018 pleine de réussite !